Croquis et marionnettes © Jean-Robert Lefebvre
Photos © Aurélie Giordano
Les Anthropologues – 2018

VOYAGE EN UCHRONIE
CRÉATION 2018

Fini, le vilain rhume! Oncle Jim est en grande forme aujourd’hui. Avec les enfants, il a préparé une surprise au fond du jardin : une pièce de théâtre! Lasse et endeuillée par la récente perte de son époux, Sylvia Llewelyn-Davis se prête cependant au jeu: elle accepte de croire un instant à ce récit fantastique. Un instant? C’est juste ce qu’il faut pour que les fées prennent vie: il suffit de croire en elles. Ce qui n’était qu’un conte devient réalité, et tous les spectateurs sont entraînés au Pays Imaginaire sur les traces de Peter Pan…

Univers

La Belle Époque coïncide avec le développement de l’Art Nouveau, où courbes et motifs végétaux envahissent les arts décoratifs. Les premières éditions de “Peter Pan” sont d’ailleurs très marquées par cet univers esthétique. De manière à dérouler ce fil rouge végétal, tous les personnages non humains de Neverland, seront réalisés à partir de fibres végétales: le crocodile, les sirènes et les fées seront interprétés par des marionnettes, tandis que Peter Pan, le Capitaine Crochet et Lili la Tigresse, seront interprétés par des acteurs. Les nombreuses références sur lesquelles s’appuie J.M. Barrie pour raconter Peter Pan (Indiens de Fenimore Cooper, Pirates de Stevenson, etc), nous invitent à nous inspirer de ces différents mondes pour imaginer l’univers visuel du spectacle.

Depuis Dafoe et Stevenson, quand on pense pirates, les caraïbes ne sont jamais loin. Le compositeur et musicien de ce spectacle est percussionniste et joueur de steelpan, l’instrument caraïbéen par excellence! Le son si particulier de cet instrument se décline durant tout le spectacle. Si la musique classique qu’écoute Sylvia dans sa chaise longue évoque davantage Bach, il est curieux de constater que dès l’apparition d’Oncle Jim et l’évocation de Peter Pan, le son du piano a des échos métalliques. C’est comme si les mondes imaginaires vers lesquels Peter promet de nous emmener, égrenaient déjà leur poudre de fée sur notre quotidien. Mais quand on pense indiens et cow-boys, ce sont surtout les notes d’Ennio Morricone qui résonnent dans nos oreilles. Peut-être que les voix flûtées qu’on entend dans la musique de “Il était une fois dans l’Ouest” ont quelque chose à voir avec le chant des Sirènes du lagon du Pays Imaginaire?

Enjeux

Le contexte d’invention de “Peter Pan” nous dévoile un processus d’écriture qui a beaucoup à voir avec le travail de mise en scène, et plus particulièrement avec notre approche des arts de la rue : des sources littéraires nombreuses, un cadre urbain ou paysager qui sert de décor, des stations dans différentes zones d’une ville ou d’un parc, une inventivité interactive qui se matérialise de manière improvisée sur un canevas pré-écrit.

Au final, ce que décrit si bien J.M. Barrie, c’est le processus de création, qui consiste à mobiliser notre inconscient et les rêves qui en émergent, pour imaginer des univers dans lesquels nous pouvons nous projeter. Sans doute tout artiste a-t-il, comme Peter Pan, quelque chose de cet enfant qui ne veut pas grandir. S’il y a urgence à entrer en introspection, n’est-ce pas parce qu’il y a urgence à réinventer le monde ensemble?


Fiche technique